La kora, cette harpe-luth munie de 21 cordes, aurait ses racines dans le royaume précolonial du Gabou, aux confins de trois pays actuels : la Guinée-Bissau, la Gambie et le Sénégal. L’origine exacte de cet instrument réservé aux griots fait l’objet de multiples hypothèses et légendes, la plus répandue attribuant son invention à une femme-génie du 13ème siècle. C’est au début du 20ème siècle que la kora a commencé à être connue au-delà du royaume du Gabou, en particulier lorsque Sidiki Diabaté, le père du célèbre virtuose Toumani Diabaté, s’installa à Bamako à l’invitation des autorités locales. Djelimadi Sissoko, père de l’illustre koriste Ballaké Sissoko, fera le même voyage et enregistrera avec Sidiki Diabaté l’album fondateur Ancient strings en 1970.
La kora que joue Julien est le fruit d’une trouvaille inattendue, un soir de 2014, abandonnée contre une poubelle près du parc de Belleville. Pendant des années, Julien essaie de l’accorder, lui enlève sa 22ème corde, la remet… Rien à faire, elle ne tient pas l’accord. Dix ans plus tard, il se lance dans un chantier de rénovation : il dégauchit le manche, perce une petite cinquantaine de trous pour accueillir des mécaniques de harpe et des sillets en laiton, fabrique un nouveau chevalet et rajoute deux cordes graves aux 21 existantes. Aujourd’hui, Julien a apprivoisé les résonances de cet instrument dont seule la calebasse, la peau de vache et les poignées de maintien sont d’origine. Le trio converse ainsi autour des répertoires de chacun, révélant des correspondances insoupconnées.
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